Agir pour les aidants stratégie nationale

Le gouvernement lance un premier plan national d’aide aux aidants

Mercredi dernier, le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé, en compagnie de la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn et de la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées Sophie Cluzel, le déploiement du plan « Agir pour les aidants ». Une vaste  stratégie de mobilisation et de soutien en faveur des aidants familiaux qui devrait être mise en œuvre entre 2020 et 2022.

Dans un dossier de presse vingt pages, le gouvernement propose 17 mesures réparties en 6 priorités que nous allons vous détailler.

Priorité n°1 : rompre l’isolement des proches aidants et les soutenir au quotidien dans leur rôle

Parce que plus de la moitié des proches aidants n’ont pas conscience de leur rôle, le gouvernement entend mener une large campagne de sensibilisation auprès du grand public et porter 4 mesures de soutien et d’accompagnement :

La mise en place d’un numéro téléphonique national de soutien des proches aidants

Ce numéro leur permettra, entre autres, de bénéficier d’une écoute et d’une orientation vers les interlocuteurs de proximité. Il apportera également un premier niveau d’information avant la prise de contact avec les professionnels et sera mis en place dès 2020.

La création d’un réseau de lieux d’accueil labellisés « Je réponds aux aidants »

Ce label certifiera de la capacité du lieu à recevoir et orienter les proches aidants, notamment dans l’obtention des aides et de l’accompagnement disponible, à compter de 2020.

La création d’une plateforme numérique « Je réponds aux aidants »

En complément du label, cette plateforme internet permettra d’identifier l’offre d’accompagnement près de chez soi et sera déployée d’ici 2022.

La diversification et le déploiement des offres d’accompagnement

Mené par des professionnels et des pairs, l’accompagnement aux aidants (soutien psychologique, sensibilisation et formation) sera généralisé sur l’ensemble du territoire. L’objectif affiché est de pouvoir aider 450 000 aidants de plus d’ici 2022.

En complément, une réflexion sera engagée sur les dispositifs d’accompagnement du proche lorsque l’aidant disparaît avant lui.

Priorité n°2 : ouvrir de nouveaux droits sociaux aux proches aidants et faciliter leurs démarches administratives

L’accompagnement d’un proche fragilisé contraint parfois les aidants à cesser ou réduire leur activité professionnelle, ce qui n’est pas sans conséquence sur leurs droits sociaux ou leur retraite. Cette précarité est parfois accentuée par des difficultés à faire valoir les droits de leur proche. Pour simplifier le quotidien des proches aidants, le gouvernement entend mener 4 actions, notamment au niveau du congé de proche aidant.

Indemniser le  congé de proche aidant

Ouverts aux salariés, travailleurs indépendants, fonctionnaires et chômeurs indemnisés, dès le mois d’octobre 2020. Le montant de l’indemnisation sera de 43 € par jours, 52 € pour une personne seule.

Ne pas le soumettre à l’ancienneté

Le présent congé ne pouvait être demandé qu’après un an d’ancienneté dans l’entreprise. Dès janvier 2020, il pourra être pris dès l’arrivée en poste.

Sortir le congé des droits au chômage

Afin d’éviter une baisse des allocations, les périodes de congé proche aidant ne compteront plus dans le calcul des droits au chômage à partir de novembre 2019.

Prendre en compte ce congé au titre des droits à la retraite

Dès 2020 et sans plus de formalité, le congé d’aidant donnera des droits à la retraite. Le gouvernement laisse tout de même la porte ouverte à la présente concertation sur le système universel des retraites pour répondre à la question de la considération des périodes d’aide.

En parallèle, le dédommagement de proche aidant devrait s’aligner sur l’allocation éducation d’enfant handicapé en ce qui concerne le régime fiscal, social et le cumul possible avec le RSA, dès 2020.

Priorité n°3 : permettre aux aidants de concilier vie personnelle et vie professionnelle

61 % des aidants exercent une activité professionnelle, il est donc essentiel de les accompagner dans le maintien dans l’emploi et de leur permettre de bénéficier d’aménagement autant que cela est possible. 3 mesures sont avancées sur ce point.

Assouplir le congé de présence parentale et l’allocation journalière de présence parentale

Ces congés pourront, dès janvier 2020, être pris de façon fractionnée et par demi-journée

Faciliter le parcours professionnel des aidants

Cette mesure s’adresse particulièrement aux aidants dû cesser leur activité pour s’occuper de leur proche. Un nouveau système de reconnaissance de l’expérience acquise en tant que proche aidant, pourra être mis en place dès 2021.

Inscrire le soutien aux aidants dans les critères de responsabilité sociale et environnementale des entreprises

Ce thème devra être inscrit dans la négociation obligatoire des entreprises et faire partie des critères de RSE en 2020. Cela devrait notamment faciliter le repérage des aidants en entreprise et inciter les dirigeants à leur proposer des solutions.

Priorité n°4 : accroître et diversifier les solutions de répit

Edouard Philippe l’a bien exprimé dans son annonce du présent plan, le point commun entre tous les aidants est, qu’un jour ou l’autre, ils auront tous besoin de répit. Aujourd’hui l’offre est largement insuffisante pour permettre aux aidants de souffler, c’est pourquoi le gouvernement entend investir 105 millions d’euros dans les dispositifs de répit.

L’objectif prioritaire est de doubler les capacités actuelles d’accueil des plateformes de répit d’ici 2022, tout en prenant soin d’apporter la bonne offre de répit en fonction des spécificités et besoins du territoire. Des solutions en partenariat public et privé sont envisagées de même que la généralisation du relayage ou baluchonnage en fonction des résultats de l’expérimentation en cours dans 54 départements.

L’État souhaite également simplifier les démarches relatives à l’accès à ces dispositifs. Le passage devant la Maison Départementale des Personnes Handicapées (MDPH) pour bénéficier d’une orientation vers une structure de répit sera supprimé par décret début 2020

En parallèle, et afin de ne pas léser les aidants d’enfants, une expérimentation sera conduite en 2020 pour favoriser l’accueil dans les centres de vacances des familles avec enfants en situation de handicap.

Priorité n°5 : agir pour la santé des proches aidants

L’aidance entraîne au quotidien des pressions tellement fortes qu’elles mènent les aidants à l’épuisement et impact leur santé. Encore aujourd’hui, près d’un tiers des aidants décède avant la personne qu’ils accompagnent. 3 mesures doivent redonner le temps aux aidants de prendre soin d’eux, notamment en cas d’accident en permettant aux professionnels de santé de les repérer plus facilement et de s’assurer du fait que le proche aidé n’est pas seul.

La mise en place d’une enquête de santé publique pour mieux comprendre les risques qui pèsent sur la santé des aidants familiaux

L’instauration d’un « réflexe proches aidants » chez les professionnels de santé

L’identification du proche aidant dans le Dossier Médical Partagé

Priorité n°6 : épauler les jeunes aidants

En France, 500 000 jeunes de moins de 20 ans viennent en aide à un parent malade, handicapé ou dépendant. Ce sont les jeunes aidants. Ils sont très peu visibles dans notre société où il est difficile d’envisager qu’un enfant soit aussi l’auxiliaire de vie à son parent. Plusieurs mesures doivent venir les reconsidérer dans leur rôle d’aidant et leur permettre de renouer avec une scolarité parfois mise en péril.

Sensibiliser le personnel de l’Éducation nationale, pour repérer et orienter les jeunes aidants

En partenariat avec le monde associatif, des outils de détection et d’aide aux jeunes aidants seront élaborés et testés en Île-de-France et Occitanie en 2020. Si l’expérimentation est concluante, elle pourra être généralisée.

L’aménagement des rythmes d’étude

Dès fin 2019 et au même titre que pour les salariés aidant, des mesures d’aménagements des rythmes scolaires pourront être mis en place pour permettre aux jeunes aidants de mieux concilier vie scolaire et vie personnelle et ainsi limiter le décrochage.

Le déploiement de solutions de répit adaptées aux besoins des jeunes aidants

La mobilisation du service national universel et du service militaire adapté

Ils pourront servir de levier pour mieux repérer et donc mieux aider les jeunes aidants.

Mobiliser l’ensemble de la société autour du sujet des proches aidants

Pour mener à bien cette stratégie ambitieuse, il convient mobiliser et sensibiliser les Français aux problématiques et besoins des aidants. Pour cela une campagne nationale, construite avec les associations, sera diffusée à l’ensemble de la société en 2020. Elle devrait permettre aux aidants qui s’ignorent de prendre conscience qu’ils ne sont pas seuls et que des solutions existent.

Parce qu’il n’est pas toujours facile de mobiliser les plus jeunes, les missions du service civique et du service universel pourront être étendues aux associations qui soutiennent les aidants dès 2020.

Pour mobiliser les territoires, les initiatives en faveur des proches aidants pourront être soutenues et encouragées via  une banque d’idées, l’octroi d’un financement d’amorçage et la création d’un prix annuel de la collectivité aidante.

Enfin, pour sensibiliser les entreprises, l’État mise sur l’initiative « La France, une chance, les entreprises s’engagent » pour diffuser les bonnes pratiques auprès des 10 000 entreprises partout en France, et sur la valorisation des initiatives positives déjà labellisées et primées.

 

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