Les soutiens financiers pour les aidants familiaux auprès d’un proche âgé : repères et démarches

Pourquoi s’informer sur les aides financières ?

Selon l’Observatoire BVA/Français Mutualistes (étude de mars 2023), 40% des aidants déclarent que leur engagement a des conséquences négatives sur leurs ressources ou leur capacité à travailler. Hausse des dépenses, aménagements du logement, transports, surcoûts divers… tout en composant parfois avec une baisse d’activité ou un arrêt de travail. Un accompagnement bien informé sur les droits permet de soulager cette pression et d’éviter de passer à côté d’un soutien auquel on peut prétendre.

Panorama des principales aides financières nationales

Certains dispositifs sont nationaux, donc accessibles partout en France sous conditions. Les plus importants sont détaillés ci-dessous.

1. L’Allocation Personnalisée d’Autonomie (APA)

  • A qui s’adresse-t-elle ? Aux personnes de 60 ans et plus en perte d’autonomie, vivant à domicile ou en établissement.
  • Pour quoi faire ? L’APA finance des aides humaines (aide à domicile, auxiliaire de vie, portage de repas…) mais peut aussi être utilisée pour rémunérer légalement un aidant familial dans certains cas très précis (en dehors du conjoint, concubin ou pacsé).
  • Montant : jusqu’à 1 914,04€ par mois en 2024 pour le niveau de dépendance le plus élevé (source : Service-Public), calculé selon le Gir (Groupe Iso-Ressources) et les revenus.
  • Comment en bénéficier ? Dossier à faire auprès du Conseil Départemental ou de la Maison Départementale de l’Autonomie.

L’APA n’est pas imposable et ne peut pas être récupérée sur succession.

2. La Prestation de Compensation du Handicap (PCH) pour les seniors

  • Les personnes âgées, ayant commencé leur perte d’autonomie avant 60 ans, peuvent être éligibles à la PCH même après 60 ans.
  • Cette prestation permet de rémunérer plus largement un aidant familial, y compris parfois le conjoint, et couvre aussi d’autres surcoûts (aménagement logement, transport…).
  • Montant variable selon les besoins (barème et détails sur service-public.fr).

3. Le congé de proche aidant et son indemnisation

  • Pour qui ? Salariés, agents publics, travailleurs indépendants (dans des formes et conditions différentes).
  • Ce congé permet de suspendre temporairement son activité professionnelle pour s’occuper d’un proche âgé en perte d’autonomie (Gir 1 à 3), jusqu’à 3 mois renouvelables dans la limite d’1 an sur l’ensemble de la carrière.
  • Une allocation journalière du proche aidant (AJPA) est versée pendant le congé. Son montant est de 62,44€ par jour (31,22€ pour une demi-journée) en 2024 (source : Caf).
  • Demande à préavis, démarche auprès de l’employeur et de la CAF ou MSA.

4. L’allocation journalière d’accompagnement d’une personne en fin de vie (AJAP)

  • Prévue spécifiquement pour accompagner un proche en phase avancée ou terminale d’une maladie grave, à domicile ou en établissement.
  • Montant équivalent à l’AJPA : 62,44€ par jour (2024), versée jusqu’à 21 jours (ou 42 jours en cas d’accompagnement de plusieurs personnes).
  • Dossier simplifié via le formulaire Cerfa n°14555*01 (plus d’infos sur Ameli.fr et Service-Public).

5. Les aides au répit de l’aidant

  • APA : Inclut une enveloppe “aide au répit” pouvant monter jusqu’à 540,23€ par an (source : CNSA) pour financer un accueil temporaire, un relais à domicile, ou des séjours vacances.
  • PCH : Possible aussi si le proche âgé relève de la PCH.
  • Initiatives locales : Certaines collectivités financent des séjours, accueils de jour ou plateformes répit ; se renseigner auprès du CLIC, CCAS ou Conseil Départemental.

Rémunérer l’aidant familial : est-ce possible ?

Souvent source de questions, la possibilité d’être rémunéré comme “aidant familial” dépend du dispositif mobilisé, du lien de parenté et de la situation juridique. En général :

  • Via la PCH : Tout aidant, y compris le conjoint dans certains cas, peut être salarié avec un contrat formel et cotisations sociales (rémunération horaire plafonnée, 4,39 € brut de l’heure en 2024 pour un aidant non salarié professionnel, 7,32 € brut pour un salarié aidant familial – Service-public).
  • Via l’APA : Le bénéficiaire peut employer un aidant familial, sauf s’il s’agit du conjoint, concubin ou pacsé.
  • Via CESU : Le particulier employeur utilise le chèque emploi service universel (CESU) pour employer un membre de la famille (hors conjoint ou enfants mineurs), ouvrant droit à certains allègements fiscaux.

Attention : se salarier comme aidant familial entraîne des obligations sociales et fiscales (déclaration, cotisations, impact sur la retraite, droits à l’assurance chômage…).

Les autres aides possibles, complémentaires ou spécifiques

  • Aides des caisses de retraite : Les caisses (CNAV, CARSAT, MSA…) proposent des “plans d’action personnalisés” pour financer ponctuellement des heures d’aide à domicile, du matériel, des séjours de répit et parfois des aides financières directes, sous conditions. Exemple : la CNAV propose jusqu’à 300€ d’aide “soutien aidant” pour des actions de formation ou de relai.
  • CCAS et conseils départementaux : Certaines collectivités aident pour l’aménagement du domicile, l’accueil de jour ou le portage de repas. Chaque département élabore ses propres critères.
  • Compléments des mutuelles / assurance dépendance : Des contrats prévoient parfois le versement d’un capital ou d’une rente à la personne dépendante, qui peut être utilisée pour rémunérer l’aidant.
  • Fondations et associations : Certaines structures (Fondation de France, France Alzheimer, France Parkinson...) allouent des aides exceptionnelles (exemple : prise en charge de séjours ou d’accompagnement psychologique).

Éclairages : TVA, impôts et avantages fiscaux pour les aidants

  • Les dépenses d’aide à domicile sont éligibles à un crédit d’impôt égal à 50% des sommes engagées, dans une limite annuelle (source : impots.gouv.fr).
  • Certaines prestations (matériel adapté) sont soumises à un taux de TVA réduit à 5,5 ou 10%.
  • Les prestations d’aide familiale indemnisée (PCH, APA) n’ouvrent pas toutes les mêmes droits fiscales : demandez conseil à un centre d’impôts, car la déductibilité varie selon la nature de l’aide et la modalité d’emploi de l’aidant.

Les démarches en pratique : conseils pour éviter les écueils

Souvent, la complexité administrative décourage ou retarde l’accès aux aides. Quelques repères pour fluidifier :

  1. Démarrez tôt les démarches : Les délais de traitement sont souvent de plusieurs semaines, parfois 2 à 4 mois pour l’APA. N’attendez pas que la situation se dégrade.
  2. Sollicitez les relais : Ne restez pas seul ; les CLIC (Centres Locaux d’Information et de Coordination), les services sociaux hospitaliers, les assistantes sociales de mairie, ou les plateformes d’accompagnement des aidants aident à monter les dossiers, à évaluer les droits, et parfois à compléter les demandes.
  3. Gardez une trace : Conservez chaque courrier, mail, notification, et tenez un agenda pour le suivi des démarches. Une photocopie ou un scan systématique évite bien des pertes !
  4. Osez faire réévaluer la situation : Un “refus” ou une attribution jugée insuffisante n’est jamais définitif. En cas d’évolution (maladie aggravée, perte d’autonomie), une nouvelle demande s’impose. Les dossiers d’APA ou d’aide sociale sont régulièrement re-évaluables.

Zoom sur les associations et relais d’information pour ne pas passer à côté d’une aide

Les associations d’aidants ou maladies (France Alzheimer, AFAPE pour Parkinson, France AVC…) tiennent à jour des guides pratiques et peuvent signaler des dispositifs méconnus (fonds d’action sociale, bourses de vacances-répit, etc.).

Les permanences locales pour les aidants et les plateformes “soutien / répit” sont des alliés précieux.

  • Fédération Française des Aidants : Cartographie des plateformes sur Aidants.fr
  • CNSA : Guide “Pour les proches aidants”, répertoire d’aides, simulateur en ligne : pour-les-personnes-agees.gouv.fr
  • CAF : Informations sur les congés et allocations : caf.fr

Perspectives : s’autoriser à être aidé

Aujourd’hui, près de 4,3 millions de personnes en France soutiennent un proche âgé (Drees, 2023). Si la reconnaissance du rôle d’aidant progresse, le parcours d’accès aux aides reste parfois semé d’embûches. Pourtant, chaque avancée – même partielle – ouvre de nouveaux possibles, décideurs et société civile compris.

Au-delà des démarches administratives, changer de regard sur sa place d’aidant permet d’oser demander de l’aide, de partager la charge, et de garder des espaces pour soi. S’informer, c’est déjà se donner le droit de souffler un peu.

Les dispositifs évoluent sans cesse – une veille régulière, une collaboration avec les professionnels de santé et du social, et l’entraide entre aidants restent vos meilleurs atouts pour ne passer à côté d’aucun soutien !

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